Une hausse de 8% du besoin de financement brut moyen du Trésor attendue en 2022 (AGR)

| Le 19/1/2022 à 18:10
AGR analyse les principaux postes de recettes et de dépenses de l’Etat dans le cadre de la Loi de Finances 2022. La hausse des recettes fiscales cette année devrait couvrir l’augmentation des dépenses courantes. Le solde ordinaire repasserait dans le positif pour la première fois depuis 2019. In fine, tablant sur un déficit budgétaire contrôlé en 2022, et sur la capacité du Trésor à se financer sur le marché domestique, le besoin brut de financement du Trésor devrait être de 159 MMDH.

Dans une note diffusée le 18 janvier, la société de recherche Attijari Global Research (AGR) a dressé ses principales projections concernant le budget de l’Etat dans le cadre de la Loi de Finances 2022 (LF 2022).

Pour AGR, les hypothèses entourant la construction du budget de l’Etat sont réalistes en matière de croissance et de déficit;  le besoin de financement prévisionnel du Trésor cette année sera maîtrisé. Une forte hausse des recettes fiscales est attendue en 2022 et devrait couvrir notamment l’augmentation des dépenses courantes de l’Etat.

Des hypothèses budgétaires globalement plausibles dans la LF 2022

Les hypothèses macroéconomiques retenues au titre de la LF 2022 sont globalement plausibles selon AGR. La société de recherche relève quatre constats majeurs.

Premièrement, tenant compte du raffermissement des activités non agricoles et des niveaux normatifs de récoltes céréalières, « la LF 2022 prévoit une croissance du PIB de +3,2% en ligne avec la moyenne observée durant la période 2015-2019 pré-crise » explique AGR. Elle rappelle néanmoins que ces prévisions sont au-dessus des estimations du HCP, de BAM et du FMI.

Elle note également que la LF 2022 table sur un cours moyen du gaz à l’international de 450$/T en 2022 contre 580$/T en 2021 (39% de hausse sur l’année, ndlr). AGR note « qu’il s’agit d’un niveau inférieur au consensus des brokers à l’international de plus 670 $/T en 2022 (en cohérence avec le cours spot actuel) ». En terme d’inflation, la LF 2022 anticipe un taux de 1,2% en 2022. Des prévisions qui pourraient néanmoins être dépassées rappelle AGR. Elle rappelle que « Bank Al-Maghrib a revu à deux reprises ses estimations à la hausse. Il s’agit d’un taux d’inflation en 2022E relevé à 1,6% au T3-21 puis à 2,1% au T4-21 ».

D’un point de vue de déficit budgétaire, les prévisions de la LF 2022 demeurent identiques à celles du FMI à 5,9% après un taux de 6,3% en 2021. Cette amélioration provient néanmoins de l’amélioration des recettes fiscales attendues cette année.

La politique budgétaire sera contracyclique en 2022

Dans le but de poursuivre l’accompagnement de la reprise économique, la LF 2022 est principalement axée sur l’investissement public et privé. Elle portera également sur des refontes cruciales sur les secteurs de la santé et de l’éducation notamment. Pour AGR, l’orientation budgétaire de l’Etat est « expansionniste, se traduisant par la hausse des exigences de dépenses de l’État prévues dans le cadre la LF 2022 ».

La LF 2022 table notamment sur un net rétablissement des recettes ordinaires cette année, en hausse de 10,8% à 263 milliards de dirhams. « Celle-ci tient compte de la hausse des recettes fiscales eu égard à l’amélioration de l’activité économique et la hausse de la taxe de solidarité et des recettes de privatisation » précise AGR. Les dépenses ordinaires quant à elles sont attendues à 261 milliards de dirhams, en hausse de 5,8% par rapport à la LF 2021. Les dépenses d’investissement quant à elles progressent de 10 milliards ou 14,5% à 78 milliards de dirhams.

« Après s’être établi en territoire négatif en 2020 et 2021 à -3 MMDH et -10 MMDH, le solde ordinaire (représentant l’écart entre les recettes et les dépenses ordinaires hors investissement) devrait afficher un excédent budgétaire de +1,3 MMDH en 2022 » note AGR. In fine, d’après la société de recherche, l’État ne sera plus en besoin de s’endetter pour financer les charges courantes publiques. À mentionner que le solde ordinaire redeviendrait positif cette année pour la première fois depuis 2019 où il atteignait 28,5 milliards de dirhams.

Le déficit quant à lui est attendu en hausse cette année à 72,6 milliards de dirhams contre 71,1 en 2021. Néanmoins, sa part dans le PIB est attendue en baisse avec 5,9% du PIB contre 6,3% l’an dernier.

Les raisons de la hausse des recettes fiscales cette année

Dans le détails, la hausse des recettes en 2022 devrait être conduite par l’augmentation des recettes fiscales. Ces dernières pèsent 80% du poids des recettes ordinaires. L’Etat compte sur un rehaussement de 14% des recettes fiscales à 223 milliards de dirhams, soit un niveau supérieur à ceux antérieurs à la crise. « À l’origine, l’amélioration attendue du climat économique en 2022 et le rétablissement de la situation sanitaire à travers l’accélération de la vaccination » note AGR. Les recettes non fiscales quant à elles, devraient baisser de 5% à 36 milliards de dirhams.

Dans les détails, les impôts directs devraient progresser de 21% à 97 milliards de dirhams, notamment grâce au « redressement attendu au niveau de l’IS et de l’IR. Ces derniers devraient tirer profit de la hausse des bénéfices des sociétés en 2021A, de l’amélioration du taux d’emploi et des revenus du secteur non agricole ». Les impôts indirects devraient quant à eux augmenter de 10%, provoqués par « la TVA et la TIC qui bénéficieraient du raffermissement de la consommation des ménages, principal pilier de la demande intérieure, et de l’amélioration des transferts MRE en 2022 ». Les recettes de privatisations devraient également progresser et atteindre 5 milliards de dirhams en 2022 (+25%) contre 4 milliards en 2021.

Ces recettes en progression serviront à couvrir des dépenses supérieures à celles de 2021.

Des dépenses en hausse surtout concernant la charge de compensation

La hausse des charges de fonctionnement en 2022 explique le relèvement des dépenses courantes en 2022.

Les dépenses du personnel qui comptent pour 63% des dépenses de fonctionnement devraient croître de 5% sur la période à 148 milliards de dirhams. La charge de compensation est la seconde contribution à la hausse des dépenses de fonctionnement. Cette année, selon les projections du PLF, elle devrait se fixer à 17 milliards de dirhams, en hausse de 26% par rapport à l’année dernière. Une hausse fortement conduite par la hausse des cours du gaz notamment, qui ont connu une hausse de 43% entre septembre 2020 et septembre 2021.

Il est à noter que selon les estimations de la société de recherche : « compte tenu de la tendance haussière des cours des matières premières à l’international, la charge de compensation pourrait s’écarter de plus de 40% par rapport aux projections du PLF 2022 à près de 24 MMDH en 2022 ».

Mais cette hausse des dépenses courantes ne signifie pas une augmentation significative du coût de la dette. Le coût de la dette est attendu en hausse limitée de 1,4% à 28,1 milliards de dirhams. « Cette évolution contraste avec la trajectoire haussière de l’encours de la dette du Trésor depuis 2020 en raison du reprofilage des ressources et emplois du Budget » note AGR. Le taux d’endettement du Trésor est passé de 65% du PIB en 2019 à 78% du PIB attendu en 2022.

En 2022, l’orientation majeure se situe sur l’investissement public

Un nouveau record historique devrait être atteint en 2022 en termes d’investissement public avec une hausse de 6,7% par rapport à 2021 à 245 milliards de dirhams. Cela correspond à 20,1% du PIB en 2022. Il convient de rappeler que la moyenne constatée sur la période 2018-2020 s’élevait à 191 milliards de dirhams.

« Cet effort d’investissement considérable est aussi visible au niveau du budget du Trésor, dont le niveau devrait atteindre 78 MMDH selon le PLF 2022, en hausse de +14,5% par rapport à la LF 2021. Ce dernier demeure parmi les niveaux les plus élevés émis par le Trésor après un pic de plus de 85 MMDH en 2020 » note AGR.

Il est à rappeler que dans le total de l’investissement public, 38% soit 92 milliards de dirhams seront consacrés aux Etablissements & Entreprises Publics (EEP). « Celui-ci est suivi du budget de l’État à 89 MMDH qui s’accapare près de 36% des investissements publics, regroupant les dépenses d’investissement du budget général, des Comptes Spéciaux du Trésor (CST) et les Services de l’État Gérés de Manière Autonome (SEGMA) » poursuit la société de recherche.

Concernant le plan de relance, il prévoit 120 milliards de dirhams, dont 75 milliards dans des prêts garantis par l’Etat et 45 milliards au Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Dans ces 45 milliards de dirhams, 15 milliards seront alloués au budget de l’Etat et 30 milliards auprès de ressources privées.

Le besoin de financement brut moyen du Trésor en hausse de 8% en 2022

Le déficit budgétaire sera quasi stable à 72,6 milliards de dirhams cette année  selon le PLF 2022. Avec des tombées  du Trésor attendues à 86,1 milliards de dirhams en 2022, « nous estimons que le besoin de financement brut moyen du Trésor pour 2022 s’élèverait à 159 MMDH, en hausse de +12 MMDH (+7,9% par rapport à 2021) » note AGR.

Les tirages extérieurs sont prévus à 40 milliards de dirhams dans le PLF 2022 soit un niveau similaire à celui de 2021. Le financement intérieur comptera donc pour les trois quarts des besoins de financement globaux du Trésor à 119 milliards de dirhams en 2022. In fine, le financement intérieur brut mensuel devrait augmenter de 12% par rapport à 2021 et se fixer à 9,9 milliards de dirhams.

Après l’année 2020, les besoins du Trésor se sont accrus avec les répercussions de la crise. Le recours aux financements extérieurs a contribué à contenir les taux obligataires domestiques sous faible pression. « Après avoir réalisé des financements extérieurs de plus de 60 MMDH en 2020 suite à deux levées à l’international de près de 40 MMDH, le Trésor n’a pas effectué de nouvelles sorties sur le marché international en 2021. Ce dernier a mobilisé des ressources externes de 15,6 MMDH à fin novembre 2021, soit un taux de réalisation de seulement 38% des financements extérieurs estimés par la LF 2021 à 41 MMDH » note AGR.

La société de recherche retient un scenario où les financements extérieurs cette année atteindront le seuil de 80% soit 32 milliards de dirhams.

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