Capital-Investissement : 2021 devrait être est une bonne année en termes de deals (gérants de fonds)

M. Ett. | Le 5/1/2021 à 15:54

Pour l’industrie du Capital-Investissement, 2020 était une année d’accompagnement et de réflexion. 2021 sera l’année de la relance des investissements. Voici quelques témoignages et anticipations des gérants de fonds.

L’industrie du Capital-Investissement a été moins dynamique en 2020 à cause de la crise du Covid-19.

Le directeur d’un fonds d’investissement, préférant s’exprimer sous couvert d’anonymat, nous indique que « l’année 2020 a connu moins de transactions (entrées dans le capital) en comparaison avec les années précédentes. Du côté des sorties des fonds, c’était quasiment une année blanche ».

Et d’ajouter : « il y a des secteurs qu’on disait résilients, par exemple l’éducation, mais on voit que ce secteur n’a pas beaucoup résisté. Maintenant, tout est en train d’être revus avec un œil nouveau pour prendre en compte de nouveaux risques ».

Jointe par LeBoursier, Meriem Zairi, directrice générale du fonds Seaf Morocco Growth fund (SMGF), né dans le cadre du programme Innov Invest en 2018, estime que « 2020 était une année assez particulière. Cette année a, bien entendu, impacté l’industrie du Capital-Investissement au même titre que les autres industries. 2020 était une année pleine d’enseignements. Elle nous a permis de se réinventer et de réfléchir d’une manière différente. Cette année nous oblige, collectivement, à repenser notre économie et notre stratégie en termes de positionnement et à renforcer notre résilience ».

D’après notre interlocutrice, l’impact de cette crise sur l’industrie du Capital-Investissement diffère d’un secteur à l’autre, et d’un Business modèle à l’autre. Mais, une chose est sûre : « Plus l’actif technologique était fort, plus la résilience du Business model était forte. On s’est rendu compte que même quand il y avait des chocs importants, les entreprises qu’on a au niveau du portefeuille et qui ont un actif technologique solide, s’en sont sortis facilement. D’autres ont un été un peu moins résilients à cause de l’arrêt total de leur activité », nous indique-t-elle.

En 2020, les sociétés de gestion se sont focalisées sur les sociétés composant leurs portefeuilles. Elargir ces derniers n’était pas vraiment une priorité. « Les gestionnaires de fonds se sont beaucoup concentrés sur leurs portefeuilles pendant cette période de crise. Il a fallu apporter le maximum de support, de soutien,et de conseil aux sociétés qui composent les portefeuilles pour qu’elles puissent gagner en agilité, assurer la continuité de leur activité et saisir les opportunités qui ont été créées. L’environnement global économique étant ce qu’il était, il a fallu soutenir ces entrepreneurs », précise notre interlocutrice.

Et de continuer : « on a donc misé sur leur accompagnement pour leur fournir les moyens nécessaires afin de saisir les nouvelles opportunités et les accompagner s’il y a des revus de Business model à faire. Et, aussi, pour les aider à accélérer leur croissance ».

C’est pour dire que « notre rôle n’est pas uniquement d'apporter du financement. C’est durant les moments difficiles qu’on voit la véritable valeur-ajoutée que peut avoir cette industrie. Le Capital-investissement porte sur tout un package, notamment le service, l’accompagnement stratégique et opérationnel», estime notre interlocutrice.

Hormis la concentation sur l’accompagnement des sociétés investies, il fallait rassurer les investisseurs aussi. 

Meriem Zairi nous indique : « on s’est beaucoup focalisés également sur la communication avec les bailleurs de fonds. On voulait rester le plus transparents possible et leur communiquer tout ce qui se passait à l’échelle du portefeuille. Il y a eu beaucoup de travail autour de cette thématique. On a dû également faire beaucoup de travail sur la valorisation du portefeuille. Et puis, on a eu la chance d’avoir un nouvel investisseur qui a rejoint le tour de table en plein milieu de la crise du Covid. Il s’agit d'Asma Invest ». 

« Attirer un investisseur institutionnel en période de crise montre la confiance que les investisseurs ont en le fonds et en cette industrie d’une manière globale, et surtout en ce segment assez spécifique qu’est l’innovation », commente-t-elle.

Malgré la crise, le fonds SMGF a pu réaliser un investissement au cours de l’année 2020. « Cet investissement, qui a été conclu en septembre 2020, a concerné une entreprise qui œuvre dans le secteur de la biométrie numérique, portée par une jeune entrepreneur marocain. Il s’agit du 6ème investissement du fonds. On est vraiment ravis d’avoir investis dans cette entreprise ».

De plus, « on n’a pas arrêté nos recherches et nos discussions avec les différentes cibles qu’on avait identifié. Pour nous, l’année 2020 était très chargée. On était très actifs en cette période de crise », souligne notre interlocutrice.

Nouveaux critères de sélection des sociétés à prendre en compte

Parmi les leçons à tirer de l’année 2020 et à appliquer au niveau de l’industrie du Capital-Investissement, il y a lieu de citer la prise en compte de deux nouveaux critères, d’après notre interlocuteur.

«Il ne faut plus se focaliser que sur la rentabilité financière. Il faut prendre en compte également deux autres critères : la gestion des risques et la gestion des approvisionnements. Il faut élargir le champ de la gestion de risques et tenir en compte dorénavant du risque d’une pandémie et de ses impacts. De même, il faut commencer à prendre en compte le critère de gestion des approvisionnements, pour ne pas être dépendants d’une seule région, d’un pays ou d’un continent. Il faut éviter d’être mono-fournisseurs et penser à de nouvelles façons de faire. Il faut miser sur la production locale. Ces deux critères doivent devenir très fondamentaux », explique-t-il.

La crise n’a pas vraiment remodelé les critères de sélection des entreprises à accompagner pour le fonds géré par Meriem Zairi. Cela s’explique par le fait que « la politique d’investissement du fonds était déjà bien adaptée au contexte de l’année 2020. On est sur l’innovation, l’économie digitale et l’économie numérique. Du coup, on est sur les segments qui étaient les plus résilients et les plus porteurs en cette période. Il n’y a donc pas eu de changement majeur touchant à nos critères de sélection. On cherche toujours les mêmes critères, à savoir un management de qualité, avec une vraie expertise sectorielle, un actif technologique qui soit solide et une innovation exportable, avec ambition d’expansion régionale, voire continentale ou même globale. S’ajoute à cela une liquidité pour une sortie potentielle. Ce sont les critères qu’on continue de regarder dans les entreprises cibles. La crise de 2020 nous a confortés dans ces critères».

Perspectives positives pour l’année 2021

Notre interlocuteur anticipe que « L’année 2021 devrait être dynamique en comparaison avec 2020. Cette nouvelle année devrait être une bonne année d’investissement. On anticipe des phénomènes de consolidation au niveau des secteurs et des phénomènes de regroupement pour ne pas continuer à avoir beaucoup de petits entreprises faibles. Il y a aussi des sociétés qui profitent de cette crise pour avancer plus rapidement que les concurrents. L’agilité des entrepreneurs est également très importante pour la survie des entreprises ».

Meriem Zairi confirme que « les perspectives sur 2021 sont positives. Charge à nous d’être les plus inclusifs possible. De grandes annonces en termes de relance ont été faites, notamment le fonds Mohammed VI. C’est une véritable opportunité pour l’industrie du Capital-Investissement. Il faut la saisir. On a survécu à l’année 2020 et on est sortis un peu plus résilients et avec une volonté de contribuer plus à cette relance. Pour cela, c’est important d’avoir un partenaire non seulement financier mais qui puisse aussi réaliser un accompagnement de qualité ».

>>> Lire aussi : Capital investissement : plusieurs deals décalés à 2021 à cause de la crise du Covid-19

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